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(Pierre Fontaine). Projets pour les Écuries de l’Empereur, place des Pyramides. Deux dessins. [Vers 1805‑1810].
Deux projets originaux de Pierre Fontaine (ou atelier Percier & Fontaine).
Pierre François Léonard Fontaine (Pontoise, 1762 – Paris, 1843) a été pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1787 à 1790. À la suite d’un séjour en Angleterre en 1792, il est nommé directeur des décors du théâtre de l’Opéra jusqu’en 1796, avec son compère Charles Percier. Il est ensuite nommé architecte des Invalides en 1800 et architecte du Gouvernement en 1801 (conjointement avec Charles Percier). En 1804, Fontaine est architecte du palais des Tuileries, du Louvre et de ses dépendances et de tous les bâtiments de la couronne situés dans l’enceinte de la ville de Paris. À la demande de Napoléon en 1806, Percier et Fontaine proposèrent un projet de réunion du Louvre et des Tuileries que l’empereur refusa car il incluait une galerie transversale qui, selon lui, détruisait la grandeur de l’ensemble. En 1810, Percier et Fontaine gagnent le grand prix d’Architecture pour l’arc de triomphe du Carrousel.
Napoléon, qui s’est installé au château des Tuileries en 1801 charge très vite ses architectes, Percier et Fontaine, de l’aménagement du secteur environnant de sa résidence : le projet du percement et de l’alignement architectural de la rue de Rivoli voit le jour. C’est dans ce contexte que les deux projets que nous présentons, pour la création des grandes écuries de l’empereur, place des Pyramides, à deux pas du château des Tuileries, ont été proposés.
a) Écuries de l’Empereur, Projet n° [ ]. Plume, encre noire, mine de plomb et lavis de couleurs. 66 x 92,6 cm. Échelle en toises. Pliure centrale verticale. Mouillure et petites déchirures le long du bord supérieur.
Le projet s’inscrit entre la place des Pyramides en bas, la rue de la Convention (actuelle rue Saint-Roch) à gauche, la rue Saint-Honoré en haut et la maison de Monsieur Boivon à droite.
Le plan s’articule autour d’une grande cour des écuries s’ouvrant à l’arrière sur un passage vers la rue Saint-Honoré. De part et d’autre de la cour : les écuries pour 175 chevaux. À gauche : une cour couverte, une salle couverte pour remises et voitures de service, la sellerie. À droite : l’infirmerie, les remises, la forge et la pharmacie du maréchal, la sellerie de service. L’entrée se fait par une grande porte donnant sur la place, qui est cernée de deux avant-corps entourés de portiques publics à arcades. Dans l’avant-corps de gauche : la maison de M. Garda. Dans l’avant-corps de droite : sept boutiques autour d’une petite cour.
Une mention au crayon près du titre indique : « Coût ~ 3,500,000 fr. ».
b) Petites Écuries de l’Empereur. Plume, encre noire, mine de plomb et lavis de couleurs. 64,2 x 49,2 cm. Échelle en toises. Mouillure le long du bord supérieur et petites déchirures au bord droit.
Projet plus modeste que le précédent, n’en couvrant que la moitié de la surface (partie droite). Il s’inscrit entre la place des Pyramides en bas à gauche, la rue des Pyramides à gauche (qui est remplacée par la grande cour des écuries sur le projet précédent) et la rue Saint-Honoré en haut. À droite, derrière le mur se trouvait une propriété. L’ensemble s’organise autour de deux cours : la cour des écuries et la cour des remises. De part et d’autre de la cour des écuries : une écurie à un rang pour 35 chevaux et une écurie à double rang pour 66 chevaux, soit une capacité totale de 101 chevaux (contre 175 dans le projet précédent). L’entrée se fait par l’avant-corps à droite de la place des Pyramides ; les chevaux devaient traverser
la cour des remises et un passage pour arriver à la cour des écuries. Autour de la cour des remises : les remises, le portique d’entrée, et des boutiques. L’ensemble du bâtiment est longé par une longue galerie publique à colonnades ou arcades, dont la symétrie est dessinée de l’autre côté de la rue des Pyramides. Cette galerie abrite 23 boutiques et une mention en bas du plan indique que « Les 23 Boutiques, louées, produiront 23,000 fr. ». Sous l’échelle est précisé le coût de chaque poste : terrasse, maçonnerie, charpente, couverture, plomberie, serrurerie, menuiserie, peinture, vitrerie, carrelage et pavé, pour un coût total de 1 600 000 francs.
Il est probable que le premier projet se soit révélé trop ambitieux et surtout trop coûteux, et que l’architecte ait dû proposer un second projet, plus modeste et dans lequel les boutiques intégrées pouvaient assurer une rentabilité, ou bien, que, dès le départ, il ait volontairement proposé deux variantes d’ampleur et de coûts différents.
L’historienne de l’architecture Charlotte Duvette, qui a étudié le journal de Pierre Fontaine pour son travail de recherche sur la rue de Rivoli et les Tuileries (cf. bibliographie ci‑dessous), écrit : « Fontaine décrit en 1805 l’intention de Napoléon de “[…] bâtir des écuries et un grand commun sur l’emplacement réservé à cet effet à l’entrée de la rue de Rivoli près le pavillon de Marsan, […]”. Les écuries et le grand commun auxquels il fait allusion ont été projetés à l’emplacement de la place des Pyramides après la demande officielle du 10 août 1807, mais ne furent pas réalisés pour autant. » Charlotte Duvette illustre son propos par la reproduction d’une aquarelle attribuée à Pierre Fontaine (collection privée), représentant une vue cavalière des Écuries de l’Empereur projetées sur la place des Pyramides et correspondant au plus grand de nos deux projets [a]. On y voit que Pierre Fontaine (et Charles Percier) avait pensé ces écuries comme un prolongement harmonieux de la rue de Rivoli, avec les mêmes portiques couverts à arcades.
D’autre part, les Archives nationales attestent une « Remise par les Domaines de terrains rue des Pyramides pour la construction des écuries de l’empereur » le 28 avril 1813 (dans l’inventaire d’archives de la Maison de l’Empereur, intendance générale des bâtiments de la Couronne, Louvre, Tuileries et dépendances et divers, 1810-1815), ce qui nous prouve que le projet – avant d’avoir été arrêté – avait bel et bien été lancé.
Provenance : descendance de Pierre Fontaine, vente publique Pierre François Léonard Fontaine et son époque, Thierry de Maigret, nov. 2025.
Bibliographie :
- Pierre Fontaine, Journal, 1799‑1853, 2 vol. Paris, École nationale supérieure des Beaux‑arts, Institut français d’architecture, 1987.
- Charlotte Duvette, « La Rue de Rivoli et le secteur des Tuileries : élaboration et difficultés d’un chantier public à destination de la sphère privée (1801‑1815) », In. Éléonore Marantz (dir.), L’Atelier de la recherche, Annales d’histoire de l’architecture, 2017, travaux des jeunes chercheurs en histoire de l’architecture (année universitaire 2016-2017), Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UFR 03, site de l’HiCSA, pp. 18‑30.
Réf. 1944 – Cat. 14-15
Deux projets originaux de Pierre Fontaine (ou atelier Percier & Fontaine).
Pierre François Léonard Fontaine (Pontoise, 1762 – Paris, 1843) a été pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1787 à 1790. À la suite d’un séjour en Angleterre en 1792, il est nommé directeur des décors du théâtre de l’Opéra jusqu’en 1796, avec son compère Charles Percier. Il est ensuite nommé architecte des Invalides en 1800 et architecte du Gouvernement en 1801 (conjointement avec Charles Percier). En 1804, Fontaine est architecte du palais des Tuileries, du Louvre et de ses dépendances et de tous les bâtiments de la couronne situés dans l’enceinte de la ville de Paris. À la demande de Napoléon en 1806, Percier et Fontaine proposèrent un projet de réunion du Louvre et des Tuileries que l’empereur refusa car il incluait une galerie transversale qui, selon lui, détruisait la grandeur de l’ensemble. En 1810, Percier et Fontaine gagnent le grand prix d’Architecture pour l’arc de triomphe du Carrousel.
Napoléon, qui s’est installé au château des Tuileries en 1801 charge très vite ses architectes, Percier et Fontaine, de l’aménagement du secteur environnant de sa résidence : le projet du percement et de l’alignement architectural de la rue de Rivoli voit le jour. C’est dans ce contexte que les deux projets que nous présentons, pour la création des grandes écuries de l’empereur, place des Pyramides, à deux pas du château des Tuileries, ont été proposés.
a) Écuries de l’Empereur, Projet n° [ ]. Plume, encre noire, mine de plomb et lavis de couleurs. 66 x 92,6 cm. Échelle en toises. Pliure centrale verticale. Mouillure et petites déchirures le long du bord supérieur.
Le projet s’inscrit entre la place des Pyramides en bas, la rue de la Convention (actuelle rue Saint-Roch) à gauche, la rue Saint-Honoré en haut et la maison de Monsieur Boivon à droite.
Le plan s’articule autour d’une grande cour des écuries s’ouvrant à l’arrière sur un passage vers la rue Saint-Honoré. De part et d’autre de la cour : les écuries pour 175 chevaux. À gauche : une cour couverte, une salle couverte pour remises et voitures de service, la sellerie. À droite : l’infirmerie, les remises, la forge et la pharmacie du maréchal, la sellerie de service. L’entrée se fait par une grande porte donnant sur la place, qui est cernée de deux avant-corps entourés de portiques publics à arcades. Dans l’avant-corps de gauche : la maison de M. Garda. Dans l’avant-corps de droite : sept boutiques autour d’une petite cour.
Une mention au crayon près du titre indique : « Coût ~ 3,500,000 fr. ».
b) Petites Écuries de l’Empereur. Plume, encre noire, mine de plomb et lavis de couleurs. 64,2 x 49,2 cm. Échelle en toises. Mouillure le long du bord supérieur et petites déchirures au bord droit.
Projet plus modeste que le précédent, n’en couvrant que la moitié de la surface (partie droite). Il s’inscrit entre la place des Pyramides en bas à gauche, la rue des Pyramides à gauche (qui est remplacée par la grande cour des écuries sur le projet précédent) et la rue Saint-Honoré en haut. À droite, derrière le mur se trouvait une propriété. L’ensemble s’organise autour de deux cours : la cour des écuries et la cour des remises. De part et d’autre de la cour des écuries : une écurie à un rang pour 35 chevaux et une écurie à double rang pour 66 chevaux, soit une capacité totale de 101 chevaux (contre 175 dans le projet précédent). L’entrée se fait par l’avant-corps à droite de la place des Pyramides ; les chevaux devaient traverser
la cour des remises et un passage pour arriver à la cour des écuries. Autour de la cour des remises : les remises, le portique d’entrée, et des boutiques. L’ensemble du bâtiment est longé par une longue galerie publique à colonnades ou arcades, dont la symétrie est dessinée de l’autre côté de la rue des Pyramides. Cette galerie abrite 23 boutiques et une mention en bas du plan indique que « Les 23 Boutiques, louées, produiront 23,000 fr. ». Sous l’échelle est précisé le coût de chaque poste : terrasse, maçonnerie, charpente, couverture, plomberie, serrurerie, menuiserie, peinture, vitrerie, carrelage et pavé, pour un coût total de 1 600 000 francs.
Il est probable que le premier projet se soit révélé trop ambitieux et surtout trop coûteux, et que l’architecte ait dû proposer un second projet, plus modeste et dans lequel les boutiques intégrées pouvaient assurer une rentabilité, ou bien, que, dès le départ, il ait volontairement proposé deux variantes d’ampleur et de coûts différents.
L’historienne de l’architecture Charlotte Duvette, qui a étudié le journal de Pierre Fontaine pour son travail de recherche sur la rue de Rivoli et les Tuileries (cf. bibliographie ci‑dessous), écrit : « Fontaine décrit en 1805 l’intention de Napoléon de “[…] bâtir des écuries et un grand commun sur l’emplacement réservé à cet effet à l’entrée de la rue de Rivoli près le pavillon de Marsan, […]”. Les écuries et le grand commun auxquels il fait allusion ont été projetés à l’emplacement de la place des Pyramides après la demande officielle du 10 août 1807, mais ne furent pas réalisés pour autant. » Charlotte Duvette illustre son propos par la reproduction d’une aquarelle attribuée à Pierre Fontaine (collection privée), représentant une vue cavalière des Écuries de l’Empereur projetées sur la place des Pyramides et correspondant au plus grand de nos deux projets [a]. On y voit que Pierre Fontaine (et Charles Percier) avait pensé ces écuries comme un prolongement harmonieux de la rue de Rivoli, avec les mêmes portiques couverts à arcades.
D’autre part, les Archives nationales attestent une « Remise par les Domaines de terrains rue des Pyramides pour la construction des écuries de l’empereur » le 28 avril 1813 (dans l’inventaire d’archives de la Maison de l’Empereur, intendance générale des bâtiments de la Couronne, Louvre, Tuileries et dépendances et divers, 1810-1815), ce qui nous prouve que le projet – avant d’avoir été arrêté – avait bel et bien été lancé.
Provenance : descendance de Pierre Fontaine, vente publique Pierre François Léonard Fontaine et son époque, Thierry de Maigret, nov. 2025.
Bibliographie :
- Pierre Fontaine, Journal, 1799‑1853, 2 vol. Paris, École nationale supérieure des Beaux‑arts, Institut français d’architecture, 1987.
- Charlotte Duvette, « La Rue de Rivoli et le secteur des Tuileries : élaboration et difficultés d’un chantier public à destination de la sphère privée (1801‑1815) », In. Éléonore Marantz (dir.), L’Atelier de la recherche, Annales d’histoire de l’architecture, 2017, travaux des jeunes chercheurs en histoire de l’architecture (année universitaire 2016-2017), Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UFR 03, site de l’HiCSA, pp. 18‑30.
Réf. 1944 – Cat. 14-15